Samedi matin le Tour de France s'est élancé. Voilà une épreuve que j'apprécie, ou plus précisément que j'appréciais et que j'espère apprécier
de nouveau, dès lors que le spectre du dopage semble enfin s'éloigner.
Ce qui rend remarquable le Tour, c'est son caractère populaire. Populaire au sens de la popularité bien sûr, mais aussi et surtout populaire par son accessibilité, sa gratuité pour le public et
son esprit bon enfant. Pour voir le Tour, il suffit de se rendre sur son trajet, en bord de route et d'attendre le passage des coureurs. En ville ou en milieu rural, dans la plaine ou à la
montagne, les familles et les amis organisent une sortie d'un jour pour encourager les coureurs. Certains viennent pour un coureur ou une équipe en particulier mais pour beaucoup, c'est
l'exploit sportif qu'on vient célébrer, sans esprit partisan. Et certains se rendent même sur place à vélo !
Sport populaire, le vélo a longtemps mis en scène des héros hors du commun, admirables de courage face à la fatigue, aux chutes, aux intempéries et au relief. Des hommes dont les exploits
forçaient le respect et faisaient rêver.
Et puis le dopage est arrivé et la confiance s'est, un temps, émoussée pour ne pas dire brisée.
Les performances insensées peinent à avoir un sens quand elles sortent d'une seringue. La fatigue repoussée épate moins quand le rempart se
nomme EPO et non plus détermination et courage. Et la course passionne moins quand un soupçon de tricherie pèse sur les héros potentiels, quand les courses semblent évoluer à deux vitesses
entre coureurs « propres », qui n'ont aucune chance de gagner et coureurs « chargés » qui survolent les étapes.
Si les routes ne se sont pas dégarnies ces dernières années, si les audiences télévisées se sont maintenues, c'est un hommage à la popularité
de ce sport, à la passion de ses aficionados mais aussi à son cadre remarquable, le paysage français.
Car chaque été, pendant trois semaines, les routes et paysages de France sont à l'honneur, grâce à la réalisation soignée du service public, qui, quoi qu'en dise notre président, ne se confond
pas avec la télévision privée. Filmées depuis les airs ou du bord de la route, ces images sont belles et permettent de découvrir ou de redécouvrir les territoires de notre pays, d'en apprendre
davantage sur ses régions, ses villes, ses bourgs, son patrimoine. Pour tous ceux qui ne partent pas en vacances ou qui attendent leurs congés, le Tour de France représente un bol d'air, une
ouverture sur les grands espaces. Ce n'est pas rien.
On me dit que cette année les mesures anti-dopage vont payer, que les pratiques frauduleuses appartiennent de plus en plus au passé, que la presse et le public pourront se passionner pour la
course et non pour ses à côtés.
L'épreuve semble ouverte et sujette à suspense puisque la plupart des stars des dernières éditions n'ont pas été invitées. De beaux duels sportifs seraient donc de mise, de ceux qui restent
dans les mémoires.
Je me souviendrai ainsi toujours de ce Tour 1971 où Eddy Merckx et Luis Ocana s'étaient livrés un combat formidable, étape après étape, jusqu'à la chute malheureuse d'Ocana dans la descente de
Menté. Cette année là, j'avais pu, du bord de la route, voir passer Eddy Merckx et pour l'enfant que j'étais, c'était un moment extraordinaire.
Ce retour des grands duels, ce retour d'un Tour de France où les enjeux sportifs se verraient libérés des scandales du dopage, je l'espère
sincèrement. Il serait salvateur pour le vélo, rassurant pour ses pratiquants et passionnant pour le public.
Mais nous verrons au fil des jours, au fil du Tour ...
BK
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