Samedi 13 juin 2009 6 13 /06 /2009 14:00
Au lendemain des élections Européennes, certains ont cru discerner dans ce vote le fantôme de l'élection présidentielle de 2002 qui a vu Jean-Marie Le Pen devancer Lionel Jospin. Une telle analogie peut sembler justifiée par des similitudes : dans les deux cas le score du PS déçoit, diminué par la multiplication des candidatures à gauche. Dans les deux cas l'ampleur de l'échec électoral est inattendue, surprenante, choquante.

Pourtant, si l'on interroge le passé, un parallèle plus pertinent me vient en tête, lorsque je me remémore l'élection présidentielle de 1988. François Mitterand avait unifié la gauche dès le 1er tour, rassemblant 34 % des suffrages, face à une droite divisée, éparpillée, avant d'être réelu dans un fauteuil face à Jacques Chirac au second tour, avec 54 % des voix. Or, lors des élections de dimanche dernier, force est de constater que l'UMP approche les 30% face à une opposition éclatée, qui n'est pas cette fois victime d'un score improbable du Front National mais d'elle même.

Cet effet de miroir, ce parallèle dans une configuration droite/gauche inversée me semble riche d'enseignements tout en constituant un important avertissement pour la gauche et le PS. Une famille électorale éparpillée, c'est une famille électorale qui perd lorsqu'elle fait face à un parti capable de fédérer son camp.

Depuis décembre dernier, le PS est en reconstruction. Mais il tarde à redevenir un véritable parti d'opposition, plus efficace et plus pugnace. Car pour éviter l'éparpillement des voix, pour rassembler les électeurs de gauche, une opposition frontale ne suffit pas. On a pu constater dimanche que l'anti-sarkozysme est inefficace lorsqu'il est trop partagé et dilué. Non seulement le parti présidentiel sort renforcé de ces élections mais un nivellement entre formations de gauche s'est amorcé.

Pour sortir de cette ornière, notre parti doit donc à mon sens dépasser sa fonction d'opposition pour s'ériger en vecteur d'alternance positive. Depuis trop longtemps, le PS considère sa prééminence à gauche comme acquise, garantie par le fait d'être le seul parti à avoir des chances de battre la droite. Un réflexe de vote utile nous est indispensable pour atteindre des scores électoraux importants sur le plan national, contrairement aux échéances locales. Mais ce vote utile est insuffisant et trop souvent subi par les électeurs. Il est voué à une lente érosion.

C'est pourquoi une nouvelle phase s'ouvre aujourd'hui dans la rénovation du PS, qui a pour ambition et pour vocation de substituer au vote utile un vote d'adhésion pour rassembler la gauche. Il est temps de retrouver au plan national ce qui fait la force de notre parti au plan local : l'enthousiasme, la capacité à proposer des solutions innovantes, à étonner, à passionner. Il s'agit de valoriser ce qui nous distingue des autres formations de gauche - l'expérience, la compétence, la base militante, la volonté de gouverner – et d'y puiser les ressources nécessaires pour renouveler nos idées, nos programmes, notre aptitude à convaincre.

Sacré défi ? Certes ... Mais ce travail a déjà commencé sous la houlette d'une équipe renouvelée. Martine Aubry conserve toute ma confiance pour rénover le PS. Le courage et le dévouement politique qui l'ont conduit à assumer le poids d'une défaite électorale qui n'est pourtant pas vraiment la sienne sont à saluer. Je me félicite d'ailleurs du fait que cet avis semble largement partagé et que la pugilat attendu lors du Conseil National de mardi dernier n'ait finalement pas eu lieu. Je me réjouis aussi du maintien de Benoit Hamon au poste de porte parole. Il eut été désespérant que cet espoir du PS, moderne et fermement ancré à gauche, fasse seul les frais d'une défaite collective.

Martine Aubry s'est donné six mois pour rénover le PS. C'est bien peu mais une vive impulsion est effectivement indispensable afin de lancer deux chantiers cruciaux : le renouvellement et la mise en valeur de notre corpus d'idées ; le rassemblement de la gauche. C'est bel et bien la gauche, vivace mais divisée, qu'il s'agit de fédérer, le jour venu, une fois rénovée notre propre formation.

Comment ? Je n'écarte pas la solution inédite de primaires ouvertes, qui auraient le mérite de dépasser les querelles de parti, de limiter les compromis boiteux et d'impliquer très tôt les sympathisants dans la campagne. Le candidat de la gauche pourrait avoir enfin une légitimité réelle à opposer à Nicolas Sarkozy. Il serait porté par un élan. Il serait indiscutable.

Mais nous en sommes loin. Au travail !
Par Bertrand Kern - Publié dans : Actualités
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