Samedi 27 septembre 2008 6 27 /09 /2008 09:58
Contrairement à beaucoup d'autres, je n'ai pas souhaité, en juin dernier, m'exprimer quant au film Entre les murs, qui venait d'obtenir la Palme d'or au festival de Cannes. Pourquoi ? Parce qu'à l'époque, je n'avais tout simplement pas vu le film. Je ressentais en revanche une vive curiosité pour cette oeuvre, curiosité que j'ai eu l'occasion d'assouvir la semaine dernière, au Ciné 104 de Pantin, où le film était diffusé en avant première pour les Pantinois.

Je n'ai pas été déçu, loin s'en faut, Entre les murs s'avère un très beau film. La qualité de la prestation des enfants acteurs m'a surpris, épaté même, compte-tenu du fait qu'il s'agit de véritables élèves du collège Françoise Dolto à Paris et non pas de jeunes acteurs sélectionnés par le biais d'un casting. Ils incarnent à l'écran des enfants difficiles mais attachants. Leur talent spontané donne au film un vernis d'authenticité que vient accentuer une réalisation cinématographique au plus près des personnages, troublant les frontières entre la fiction et le documentaire jusqu'à produire un effet de réel particulièrement frappant. 
A mon sens, ce film réussit le pari de faire rentrer et d'immerger le spectateur dans une école dont, devenu adulte, il ne franchit plus que rarement les murs. Deux heures durant, Entre les murs entretient l'illusion, de manière convaincante, sans ennuyer.

Un élément explicatif de cette réussite tient dans le refus du film de proposer des clés de lecture et d'interprétation. Chaque spectateur est laissé libre de tirer ses propres conclusions face aux images qu'on lui dévoile, face aux relations entre professeurs, entre élèves et bien sûr quant à la relation d'un professeur à sa classe, si centrale au film de Laurent Cantet.

Il demeure néanmoins qu'une telle démarche comporte une part de risque dans la mesure où Entre les murs reste une fiction et non, justement, un documentaire. Le spectateur a l'impression de se trouver face au document idéal pour émettre un jugement sur l'école publique en milieu difficile, alors même qu'il n'a affaire qu'à un point de vue sur cette réalité, celui de François Bégaudeau, porté à l'écran par Laurent Cantet.
Il est d'ailleurs à noter que ces deux compères ne souhaitent pas voir leur oeuvre placée au centre d'une réflexion sur les forces et les faiblesses de l'école, comme en témoigne leur refus systématique de participer à quelque débat que ce soit, télévisé ou autre, depuis l'obtention de leur Palme d'or. Ils sont bien conscients d'avoir proposé une fiction, qui fonctionne par effet de réel mais qui n'a pas l'ambition de résumer la réalité.

Dans l'effervescence suscitée par la sortie d'une Palme d'Or, il est bon de garder en tête ces faits et de faire jouer son esprit critique à plein, sous peine de voir surgir des interprétations ou des réactions fort dommageables. Car si certains célébrerons la gouaille, la verve de ces enfants et le côté sympathique d'un enseignant qui se met au niveau de ses élèves et tente de les comprendre, d'autres liront peut-être dans le film l'incapacité de l'école et de ses enseignants à remplir leur fonction, à exercer leur autorité sur des enfants dissipés, voire à assimiler des élèves venus de tous les horizons. Certains parents sortiront peut-être effrayés des salles obscures, avec la ferme envie de retirer leurs enfants de l'enseignement public pour les confier à un secteur privé présumé moins violent et plus discipliné.

Ces interprétations préjudiciables à l'école publique, je ne pense pas qu'elles soient justes, ni que Bégaudeau et Cantet  aient souhaité les promouvoir. Encore une fois gardons en mémoire qu'il s'agit d'un beau film, qui propose une histoire et donne l'illusion de coller son oeil à la serrure de l'école, sans pour autant prétendre donner à voir une vision objective et généralisable du milieu scolaire public.

Ces précautions prises, félicitations une fois encore à des adolescents surprenants de talent, élèves d'un établissement difficile, capables de produire une telle performance. Peut-être l'école y était-elle d'ailleurs pour quelque chose ?


BK

Par Bertrand Kern - Publié dans : Mes films
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