Les lois Aubry, qui ont accompagné et organisé la mise en place des 35h de travail hebdomadaires, n'ont pas été une réussite complète. Elles
ont tout de même à l'époque rempli leur principal objectif : créer des centaines de milliers d'emploi et partager le travail.
A mes yeux, elles ont cependant eu l'effet involontaire d'ouvrir la boite de pandore d'une flexibilité accrue au travail, de bloquer les
salaires et de créer des situations si diverses qu'il est presque impossible d'établir un bilan objectif des 35 h et d'en débattre.
Mais lorsque Nicolas Sarkozy et son gouvernement procède à une révision de la loi, que font-ils ? Non seulement ils se lavent les mains d'un
accord historique entre syndicats et patronat, sous prétexte que le résultat de la négociation ne leur convient pas, mais en outre, ils accentuent les problèmes que je viens d'évoquer
!
Les 35h restent la durée hebdomadaire théorique du travail salarié en France. Mais les salaires demeurent bloqués. Désormais seule la pratique
des heures supplémentaires permettra d'augmenter la rémunération. Or, certes ces heures sont majorées mais le salarié ne les choisit pas. Elles sont loin d'être uniformément proposées à tous les
salariés. Et elles ne sont pas constantes dans l'année.. D'une semaine à l'autre un salarié pourra désormais se voir imposé jusqu'à 13 heures supplémentaires, sans qu'il l'ait souhaité, sans
qu'il l'ait sollicité, et dans la plus grande légalité. La flexibilité du temps de travail est désormais érigé en principe dans l'entreprise.
Pour les cadres et les salariés autonomes, les choix du gouvernement me semblent entraîner davantage encore de régression sociale. Les
RTT qui venaient compenser un dépassement systématique des 35h semblent appelées à disparaître puisque la nouvelle loi modifie le plafond de jours travaillés par an en le portant de 218
jours à 235 jours.
Au delà de ce plafond, il reste 130 jours de congés légalement garantis, soit 52 week-ends, cinq semaines de congés payés et ... un jour férié.
A la trappe les autres jours fériés ? A la trappe, les journées de RTT ?
Le gouvernement nous explique que ce plafond qui s'élève de 17 jours n'est qu'une limite et qu'un accord d'entreprise négocié en deçà peut le
réduire. Certes, mais c'est ici que l'on en arrive à la réforme qui est à mes yeux la plus inquiétante pour l'avenir : la négociation n'est en effet plus organisée par branche d'activités mais
entreprise par entreprise. Dans les grandes entreprises, les représentants du personnel seront probablement en mesure de veiller à une négociation équitable. Mais qu'en sera-t-il dans les
entreprises où les syndicats ne sont pas ou peu représentés ? Les situations seront très différentes selon les cas de figure et les rapports de force internes aux entreprises.
Cela signifie que le temps de travail deviendra à l'avenir un élément clé de la compétitivité des entreprises, jamais assez satisfaisante aux
yeux de certains. Tous les chantages, notamment à la délocalisation, me semblent donc potentiellement à l'ordre du jour.
Bienvenue dans la jungle, chaque entreprise pour elle-même et en son sein chacun pour soi !
BK
Par Bertrand Kern
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Publié dans : Actualités
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