J’ai eu énormément de plaisir à suivre l’aventure de l’équipe de France d’athlétisme, ces derniers jours à Barcelone. Tout au long de ces championnats d’Europe, les athlètes français, dont certains m’étaient inconnus, d’autres plus familiers, ont multiplié les performances individuelles de manière formidable, les exploits des uns encourageant les autres à rêver, à se transcender jusqu’à susciter un climat d’euphorie collective.
Au final, l’athlé français s’est livré à une moisson de médailles inédite à ce niveau, source de promesses pour les Mondiaux de l’an prochain et les Jeux Olympiques, en 2012, à Londres. Mais pour l’heure, je retiendrai surtout la fraicheur d’une jeunesse dont le talent éclate au plus haut niveau, avec notamment les sprinteurs Christophe Lemaitre ou Myriam Soumaré, remportant 6 médailles à eux deux, dont quatre d’or. Je retiendrai la maîtrise des athlètes plus confirmés qui, comme Yohann Diniz, le marcheur, ou Renaud Lavillenie, le perchiste, ont connu à Barcelone la consécration. Je retiendrai l’esprit d’équipe remarquable qui a vu l’ensemble des athlètes français se réunir pour encourager Romain Barras, lors de la dernière épreuve du décathlon ou Mahiedine Mekhissi et Bob Tahri faire le course ensemble sur 3000 mètres steeple. Je retiendrai cette belle image d’un Renaud Lavillenie, encore en plein concours de la perche, dont la voix et l’émotion se mêlaient à la Marseillaise de Myriam Soumaré.
Cette équipe de France d’athlé aurait pu adopter le visage fragmenté d’une juxtaposition de talents et d’ambition individuels, prompts à entrer en concurrence. Elle a préféré la camaraderie, la solidarité et l’émulation. Elle nous a offert ainsi un grand bol d’air frais, qui contrastait de manière saisissante avec la triste Coupe du Monde des Bleus en Afrique du Sud. Elle nous a rappelé que la pression du haut niveau peut se vivre autrement que sur le mode de la tension. Elle nous a rappelé que l’on peut prétendre à l’excellence sans se prendre trop au sérieux, avec simplicité, en prenant du plaisir et en en donnant beaucoup.
Mais cette équipe de France nous a aussi apporté un bol d’air frais dans le contexte d’un été au climat politique de plus en plus pénible, pour ne pas dire nauséabond, depuis que Nicolas Sarkozy a choisi d’endosser son habit de candidat démagogue, prêt à tous les dérapages pour attirer à lui l’électorat du Front National. Le voilà mercredi dernier stigmatisant brutalement les gens du voyage, sans distinction et contre tout bon sens. Puis le voilà vendredi associant explicitement, à Grenoble, l’immigration et la délinquance, appelant de ses vœux l’application de sanctions différenciées selon les origines, mettant à l’index les Français naturalisés et leurs enfants. Tout le week-end, ses lieutenants, Brice Hortefeux et Eric Ciotti le rejoignaient dans la fange antirépublicaine, envoyant aux orties la Constitution et les principes du droit pour annoncer vouloir multiplier les cas potentiels de déchéances de nationalité, toujours selon les origines, ou souhaiter emprisonner les parents de mineurs délinquants.
Si le Président de la République et ses troupes souhaitent sauter à pied joint dans cette poubelle politique, dont le parfum évoque les pires heures des années 30, grand bien leur fasse. Je pense pour ma part que l’opposition de doit pas se laisser piéger par cette tentative de détournement de l’agenda politico-médiatique. Je me contenterai donc de citer l’article 1er de notre Constitution dont Nicolas Sarkozy est en principe le garant : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. »
Et je me tournerai à nouveau vers le souvenir de ces championnats d’Europe d’athlétisme, vers les sourires de Myriam Soumaré, auxiliaire puéricultrice à temps partiel à Sarcelles et médaille d’or du 200 m, vers les joies offertes par des sprinteurs, des perchistes, des sauteurs en longueur, des décathloniens, des athlètes que personne ne questionnera sur leur origines et que chacun fêtera comme des Français qui nous ont fait rêver, tout simplement.
BK
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