Force est de constater que la place du président vis à vis de la campagne pour les élections régionales est pour le moins ambiguë et changeante, au gré de la conjoncture politique.
En fin d'année 2009, il semblait vouloir nationaliser le scrutin régional. Mais le 25 janvier 2010 il donnait l'impression de vouloir enfin se comporter en Président, déclarant fermement sur TF1 que “Non ! Le rôle du président de la République n’est pas de faire campagne pour les présidents de région”. Il s'agissait alors de démontrer face à un panel de Français que Nicolas Sarkozy avait changé, que l'omniprésident hyperactif pouvait se comporter avec mesure, prendre du recul et respecter les institutions de la Vème République. Certains commentateurs imaginaient alors l'émergence d'un Président plus calme, capable de limiter son exposition et ses prises de parole pour leur redonner du sens, après avoir saturé pendant trois ans l'espace médiatique jusqu'à susciter la défiance et l'écœurement.
Seulement voilà, la campagne de l'UMP pour les élections régionales patine depuis des semaines. Ses candidats dérapent à intervalles réguliers, quand ils ne s'invectivent pas publiquement. Dans ces conditions, la façade de calme et de distance érigée à la va-vite par les conseillers du Président pour faire évoluer son image se fissure. Et c'est donc la rechute.
Le voilà donc en février sillonnant la France en toute simplicité, enchainant les discours plein de promesses tenus devant des publics opportuns et bien ciblés : DOM-TOM, Corse, monde rural, fonctionnaires, acteurs de l'industrie.
Tous ces discours thématiques n'ont, paraît-il, pas de rapport avec la campagne des régionales. Non il s'agit simplement pour le Président, en ce mois de février 2010, de faire connaître d'urgence sa vision de l'avenir sur chacune de ces thématiques. S'agit-il d'une heureuse coïncidence lorsqu'il s'avère que ces discours permettent au Président de saluer des candidats UMP ? Assurément.
Mais les coïncidence sont alors fréquentes. En trois semaines, le Président est parvenu à soutenir publiquement les candidats UMP de Cayenne, de La Réunion, de la région Centre, de la région PACA et de la région Picardie, tout en prenant le temps de tenir une réunion devant 600 militants UMP.
La palme de l'ingérence du Président dans la campagne électorale a eu lieu la semaine dernière, en Ile-de-France, lorsque Nicolas Sarkozy a jugé bon de rassembler Valérie Pécresse et tout son état-major pour une séance de coaching de dernière minute La campagne de Valérie Pecresse manquait de direction ? Elle a visiblement trouvé son directeur.
Ce faisant, Nicolas Sarkozy prend le risque de nationaliser à nouveau la campagne des régionales. Des rumeurs courent même quant à un entretien présidentiel prévu dans Le Figaro le 13 mars prochain, à la veille des élections régionales.
Ce serait du jamais vu mais je ne suis pas certain que l'UMP ait grand chose à gagner à ce soutien, voire à cette mise sous tutelle, comme dans le cas de Valérie Pécresse. En s'associant à la campagne régionale, Nicolas Sarkozy multiplie simplement, à mes yeux, les raisons de choisir les listes de gauche.
Il offre en effet aux électeurs l'opportunité d'un vote doublement significatif : les 14 et 21 mars prochain, voter pour la gauche et le Parti Socialiste permettra d'infliger un camouflet au Président chef de parti, tout en faisant le choix d'un avenir ambitieux, région par région.
Pourquoi résister ?
BK
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