Ce serait en effet difficile, lorsque notre président semble déterminé à peser sur la justice et à l'instrumentaliser pour parvenir à assouvir, contre vents et marées, sa soif de vengeance personnelle à l'égard de Dominique de Villepin. Voilà donc le chef de l'Etat, garant de l'indépendance de la justice, qui obtient du procureur de la République Jean-Claude Marin, la procédure d'appel qu'il ne peut lui même engager. Les dénégations de l'Elysée, sans convaincre personne, me semblent au contraire souligner l'illégitimité et le caractère injustifiable de cette démarche. Malgré des mois d'efforts de communication, l'image d'un Sarkozy apaisé est écornée au profit de celle, anxiogène, d'un président hors de contrôle.
Or son attitude fait des émules. Je pense ici à Valérie Pecresse, menant la vie dure aux amis de Roger Karoutchi, son rival déchu pour la candidature aux élections régionales en Ile-de-France. J'ai ainsi découvert avec surprise que l'UMP écartait à la dernière heure sa tête de liste pressentie en Seine-Saint-Denis, Patrick Toulmet, trop proche d'Eric Raoult, maire du Raincy et soutien de Karoutchi. Il sera remplacé par Bruno Beschizza, représentant de la société civile et dirigeant du syndicat de police Synergie. C'est pourquoi, avec un certain humour et pas mal de colère, Eric Raoult évoque dans la presse une « bavure électorale ».
Au vu du Conseil national de l'UMP qui a rendu publiques samedi dernier les listes du parti présidentiel pour les élections régionales, cette bavure n'avait rien d'exceptionnel. L'ambiance y a été décrite comme morose. Les listes mal établies, se sont vues accueillies tantôt par le silence, tantôt par les huées. Cette bronca touche aussi le groupe parlementaire UMP, ses députés traînant les pieds, n'acceptant plus les candidats imposés par l'Elysée dans leurs territoires, certains d'entre eux parlant « d'affront » ou annonçant leur volonté « de ne pas faire campagne ».
Voilà un triste début de campagne auquel l'acharnement présidentiel vis à vis de Dominique de Villepin n'était sans doute pas étranger, approfondissant les divisions et plaçant une fois de plus Nicolas Sarkozy en porte à faux avec certains de ses soutiens passés.
Je ne crois pas que ces tensions soient éphémères. Je pense au contraire qu'elles témoignent d'un essoufflement du sarkozysme et de ses méthodes de gouvernance. Ses choix politiques suscitent une défiance croissante des Français, pour qui il est de plus en plus clair qu'il n'est pas le président du pouvoir d'achat et de l'emploi mais le fossoyeur des finances publiques et le protecteur des plus favorisés.
Le président qui se voulait celui du volontarisme s'est désormais contraint à une politique de rigueur tous azimuts, qu'il devient impossible de masquer. Ses stratégies médiatiques, si efficaces par le passé, ne fonctionnent plus, à l'image de cet écran de fumée qui n'a pas fait long feu, le débat sur l'identité nationale. Ainsi, dans un sondage diffusé lundi dernier, seuls 22,2% des sondés ont répondu «oui» à la question: «Estimez-vous que le débat sur l’identité nationale a été constructif?».
Peut-être devrais-je me réjouir devant ce sarkozysme qui déçoit et ne convainc plus, devant cet omniprésident qui ne se contrôle plus et ne contrôle plus ses troupes. Mais pour être franc, ce phénomène m'inquiète, à l'heure où notre pays se trouve face au défi d'une sortie de crise difficile.
Le gouvernement entend réformer notre système de retraites mais annonce déjà qu'il le fera dans l'année, à marche forcée. Les innombrables ballons d'essai lancés ces derniers jours sont autant de provocations adressées aux syndicats : retardement de l'âge légal de départ à la retraite, ou modification du mode calcul des retraites des fonctionnaires. Tout laisse craindre une fuite en avant, une réforme bâclée, sans consensus, sans même l'ombre de ce pacte social sous-jacent, qui me semble indispensable pour penser l'avenir de notre système de retraites.
Or face au risque d'une fuite en avant d'un sarkozysme détricotant notre modèle social et hachant menu nos services publics, les contre-pouvoirs efficaces sont rares au niveau national ... Plus le quinquennat de Nicolas Sarkozy avance et plus le temps semble long avant les échéances de 2012
D'où l'importance, dans l'intervalle, des élections régionales qui se profilent à l'horizon, qui constitueront un rendez-vous décisif, je ne le répéterai jamais assez. Un succès de la gauche permettra aux régions de s'opposer, fédérant les collectivités locales et proposant un autre mode de gouvernance, une autre manière d'envisager l'avenir.
Mais un succès, voire un demi-succès de l'UMP, ouvrirait, lui, la voie à tous les dangers dont est porteur ce sarkozysme, qui, même en pleine sortie de route, ne ralentit pas.
BK
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