Aujourd'hui, les coureurs du Tour 2009 s'élanceront pour trois semaines de compétition estivale. En y pensant, j'avoue être partagé entre excitation et lassitude.
Le Tour suscite chaque année en moi de l'excitation. C'est ainsi depuis bien longtemps, de manière instinctive, sans doute par nostalgie de souvenirs d'enfance, de tous ces mois de juillet ensoleillés, passionnants et passionnés, au cours desquels je suivais, à la radio, à la télévision ou au bord des routes les exploits de champions que j'admirais.
Pourtant cette image d'Épinal personnelle semble désormais systématiquement vaciller face au fléau du dopage. Chaque année, j'espère un Tour du renouveau, un Tour propre, mettant en scène la confrontation des talents de coureurs honnêtes, moins performants mais plus humains. Et chaque année, les scandales éclatent, révélant comme des tricheurs les héros de la veille.
Bien sûr ces scandales démontrent les progrès de la lutte anti-dopage, tout autant que le déconcertant et persistant sentiment d'impunité de coureurs sans scrupules. De plus en plus souvent ce sentiment s'avère illusoire, du moins sur le long terme.
Je me réjouis donc de la mise en place, dans cette édition, du passeport biologique, obligatoire pour chaque coureur, mesurant et archivant depuis le 1er janvier 2008 ses performances et ses caractéristiques physiques. Il rend possible la détection de pratiques interdites mais échappant aux contrôles officiels en course, comme l'oxygénation du sang par transfusion. C'est cet instrument qui a permis, cumulé à des analyses sanguines rétrospectives, de mettre à l'index Thomas Dekker. Inscrit pour le Tour 2009, il ne prendra pas le départ de Monaco samedi. Tant pis pour lui ...
On ne peut qu'espérer que les progrès constants de la lutte anti-dopage susciteront un jour chez les coureurs un déclic salvateur, pour leur santé et la pérennité de ce sport. Mais je crains que cette prise de conscience ne soit pas encore d'actualité.
D'où un certain sentiment de lassitude. Il se trouve d'ailleurs accru, voire exacerbé lorsque je vois revenir sur les routes du Tour un ancien « champion » comme Lance Armstrong. Il traîne en effet dans son sillage des soupçons de dopage à la mesure de son palmarès doré. Il me semble l'incarnation de cette époque où l'impunité était la règle et le revoilà, membre d'une équipe kazakhe interdite sur le Tour de France l'an dernier, Astana...
Armstrong ne sera pourtant pas favori, loin s'en faut, cédant à mon avis cette responsabilité à son équipier Contador, qui réunit de manière peu commune des qualités de grimpeur et de coureur. Leur relation tactique méritera d'ailleurs d'être suivie avec attention : seront-ils rivaux ou alliés en vue du Maillot Jaune ?
D'un point de vue sportif, ce Tour ne manque en fait pas d'intérêt, grâce à un parcours original qui demandera beaucoup de polyvalence aux aspirants à la victoire finale ainsi que beaucoup de vigilance et de travail à leurs équipes. Une fois n'est pas coutume, les rouleurs n'auront pas le dernier mot, puisque ce Tour ne compte que 55 km de contre-la-montre et que la dernière étape décisive se jouera sans doute au Mont Ventoux. Les épreuves de montagne auront donc toute leur importance, avec trois arrivées d'étape en altitude, et les baroudeurs auront leur chance.
On peut donc se prendre à rêver d'un Tour équilibré, ouvert et plein de rebondissements ... ou craindre une litanie de scandales et un grand jeu de gendarmes et de tricheurs.
En somme, quoi qu'il en soit, le suspense sera de toute manière au rendez-vous.
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